{"id":913,"date":"2024-11-04T07:00:00","date_gmt":"2024-11-04T06:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/aupluriel.eu\/blog\/?p=913"},"modified":"2024-12-04T21:47:05","modified_gmt":"2024-12-04T20:47:05","slug":"renouveler-excellence","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/aupluriel.eu\/blog\/index.php\/2024\/11\/04\/renouveler-excellence\/","title":{"rendered":"L\u2019\u00a0\u00ab\u00a0excellence\u00a0\u00bb\u00a0: renouveler un mod\u00e8le \u00e0 bout de souffle"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>L\u2019&nbsp;\u00ab&nbsp;excellence&nbsp;\u00bb&nbsp;? Un concept, d\u00e9voy\u00e9 de son sens originel, qui fait \u00e0 ce point partie de l\u2019ADN de notre universit\u00e9 qu\u2019on ne s\u2019interroge plus ni sur son sens ni sur sa pertinence. Pour preuve&nbsp;: les listes Inspire, port\u00e9es par Fr\u00e9d\u00e9rique Berrod et Michel de Mathelin<sup>1<\/sup>, en font encore leur \u00e9tendard<sup>2<\/sup>, tandis que les listes Refonder sont rest\u00e9es muettes sur le sujet. Et pourtant, ce mod\u00e8le invent\u00e9 avec la fusion pour positionner les universit\u00e9s fran\u00e7aises au niveau international est en passe de devenir obsol\u00e8te. En lieu et place d\u2019une vision \u00e9litiste et productiviste de la recherche, notre collectif Au pluriel d\u00e9fend, en l\u2019argumentant, l\u2019id\u00e9e d\u2019un nouveau mod\u00e8le, solidaire et qualitatif. Explications<\/strong>&#8230;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Strasbourg et l\u2019&nbsp;\u00ab&nbsp;excellence&nbsp;\u00bb&nbsp;: une consubstantialit\u00e9 sans \u00e9quivoque<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>L\u2019Universit\u00e9 de Strasbourg est n\u00e9e des politiques d\u2019excellence. Un an tout juste apr\u00e8s la fusion (2009) et dans le but d\u2019accompagner celle-ci et les autres qui devaient suivre, la loi de finances rectificative du 9 mars 2010 instaurait les investissements d\u2019avenir et, avec eux, les initiatives d\u2019excellence (IdEx). Fusion d\u2019universit\u00e9s et initiatives d\u2019excellence \u00e9taient les deux faces d\u2019une m\u00eame politique qui n\u2019avait qu\u2019un but&nbsp;: faire grimper la France dans les classements internationaux<sup>3<\/sup>. En atteignant une taille critique, les universit\u00e9s fran\u00e7aises devaient \u00eatre visibles. En leur sein, il fallait faire \u00e9merger des instituts (et\/ou des individus) de tr\u00e8s haut niveau, qui, dans la comp\u00e9tition internationale, se positionneraient haut dans les classements et se porteraient garants \u00e0 eux seuls de la qualit\u00e9 de tout un \u00e9tablissement. Tel est le d\u00e9cor de l\u2019&nbsp;\u00ab&nbsp;excellence&nbsp;\u00bb plant\u00e9 par Nicolas Sarkozy \u00e0 l\u2019aube des ann\u00e9es 2010.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Hausse de Strasbourg \u00e0 Shanghai&nbsp;: une progression due \u00e0 un seul chercheur\u2026<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Dans les ann\u00e9es qui suivirent, le paysage fran\u00e7ais de l\u2019ESR* s\u2019est redessin\u00e9 \u00e0 l\u2019aune de cette politique et des crit\u00e8res des classements internationaux. Mais ann\u00e9e apr\u00e8s ann\u00e9e, la course au classement s\u2019est essouffl\u00e9e. Aujourd\u2019hui, seuls les grands \u00e9tablissements parisiens ont su s\u2019y faire une place&nbsp;: Paris Saclay, class\u00e9e 12<sup>e<\/sup> \u00e0 Shanghai cette ann\u00e9e, ou encore Sorbonne Universit\u00e9 (41<sup>e<\/sup>) et Paris Cit\u00e9 (60<sup>e<\/sup>). Les universit\u00e9s de province, m\u00eame fusionn\u00e9es, ont vite d\u00e9croch\u00e9. En 2014, l\u2019Universit\u00e9 de Strasbourg entrait au rang 95&nbsp;; l\u2019ann\u00e9e suivante, elle caracolait au rang 71. Depuis, elle a disparu du top 100. Est-ce pour autant un mal&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant des ann\u00e9es, suivant <a href=\"https:\/\/theconversation.com\/debat-classement-de-shanghai-un-palmares-pas-tres-classe-142444\">l\u2019analyse \u00e9clair\u00e9e d\u2019Alain Beretz<\/a> qui fut l\u2019un des premiers \u00e0 pointer les limites de ces classements \u00ab&nbsp;pas tr\u00e8s classes&nbsp;\u00bb, l\u2019Universit\u00e9 de Strasbourg n\u2019a plus comment\u00e9 sa position au classement chinois\u2026 jusqu\u2019\u00e0 cette ann\u00e9e o\u00f9 elle a fait un bond de \u00ab&nbsp;50 places&nbsp;\u00bb (<em>sic<\/em>), passant des rangs 200-151 \u00e0 150-101. Soudain, ceux qui d\u00e9daignaient les classements, quand on y baissait, se gaussaient de cette victoire et paradaient \u00e0 la une de la presse. Et pourtant, \u00e0 regarder les choses de pr\u00e8s, rien ne justifie de pavoiser. Pour deux raisons&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\">\n<li>Nous n\u2019avons pas progress\u00e9 de 50 places, mais tr\u00e8s exactement de 1 \u00e0 99 places. En fait, nous avons juste chang\u00e9 de cat\u00e9gorie et retrouv\u00e9 le niveau de 2019&nbsp;;<\/li>\n\n\n\n<li>Les donn\u00e9es moissonn\u00e9es par le classement \u00e9taient peu ou prou les m\u00eames que l\u2019an pass\u00e9. Seul un chercheur est pass\u00e9 entre-temps dans la cat\u00e9gorie des \u00ab&nbsp;<em>highly cited<\/em>&nbsp;\u00bb (fortement cit\u00e9), ce qui nous a valu un bond d\u2019une dizaine de places probablement, suffisamment en tout cas pour changer de cat\u00e9gorie.<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<p>On mesure vite la limite de ces classements et des politiques d\u2019excellence qui le sous-tendent&nbsp;: avec un seul chercheur fortement cit\u00e9, sommes-nous devenus une meilleure universit\u00e9&nbsp;? Et si ce chercheur devait \u00eatre moins cit\u00e9, serions-nous soudainement devenus moins bons&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong><em>Pars pro toto<\/em><\/strong><strong>, ou le leurre de l\u2019excellence<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>C\u2019est le leurre de l\u2019excellence&nbsp;: <strong>juger la qualit\u00e9 d\u2019un \u00e9tablissement entier \u00e0 celle de ses meilleurs \u00e9l\u00e9ments<\/strong>. Le paradoxe, pour ne pas dire la contradiction rh\u00e9torique dans laquelle se retrouvent pris les politiques et les pr\u00e9sidents des \u00ab&nbsp;grandes&nbsp;\u00bb universit\u00e9s fran\u00e7aises aujourd\u2019hui, consiste \u00e0 d\u00e9noncer ce qui fonde leur action.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019un c\u00f4t\u00e9, le mode de financement de nos universit\u00e9s et notre gouvernance ont \u00e9t\u00e9 largement d\u00e9finis \u00e0 partir dudit mod\u00e8le de l\u2019&nbsp;\u00ab&nbsp;excellence&nbsp;\u00bb. Il est donc difficile aujourd\u2019hui, pour les grandes universit\u00e9s fran\u00e7aises, de r\u00e9cuser le mod\u00e8le qui est le leur et qu\u2019elles ne remettent pas vraiment en question. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, ceux-l\u00e0 m\u00eame qui ont mis en \u0153uvre ce syst\u00e8me sont conscients de ses limites&nbsp;: on d\u00e9nonce la partialit\u00e9 des classements, qui ne couvrent ni tous les domaines disciplinaires ni toutes les missions des universit\u00e9s (\u00e0 commencer par la formation)&nbsp;; on attaque un mod\u00e8le chinois ou am\u00e9ricain dont on ne peut \u00e9videmment pas se r\u00e9clamer. Mais, concr\u00e8tement, on ne change rien. Ou si peu. Le credo demeure qu\u2019on ne sera bon que si les meilleurs d\u2019entre nous sont excellents. De l\u00e0, la s\u00e9mantique de l\u2019excellence&nbsp;; de l\u00e0, selon nous, l\u2019erreur politique \u00e0 long terme.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>D\u2019un mod\u00e8le \u00e9litiste et productiviste \u00e0 l\u2019excellence \u00ab&nbsp;inclusive&nbsp;\u00bb (acte I)<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Soyons clairs&nbsp;: le mod\u00e8le de l\u2019excellence pos\u00e9 en 2010 est ostensiblement \u00e9litiste et productiviste. <strong>Elitiste<\/strong> car une grande somme d\u2019argent est investie pour un p\u00e9rim\u00e8tre relativement circonscrit de chercheurs et se concentre principalement sur la recherche. <strong>Productiviste<\/strong> car les financements de la recherche doivent nourrir une production quantitativement importante, \u00e9valu\u00e9e par les sacro-saints crit\u00e8res bibliom\u00e9triques (H index, outils citationnels\u2026). Un cercle en apparence vertueux se met en place&nbsp;: l\u2019excellence appelle les r\u00e9compenses, et les r\u00e9compenses l\u2019excellence.<\/p>\n\n\n\n<p>En 2015-2016, au moment de la p\u00e9rennisation de l\u2019IdEx, notre universit\u00e9, consciente de ce biais, a fait le choix d\u2019une \u00ab&nbsp;<strong>excellence inclusive<\/strong>&nbsp;\u00bb (concept presque paradoxal), c\u2019est-\u00e0-dire de consacrer les fonds de l\u2019excellence non fl\u00e9ch\u00e9s sur les LabEx et EquipEx (soit environ 14M\u20ac sur les 25M\u20ac de dotation stabilis\u00e9e) \u00e0 des secteurs \u00e9mergents (science et soci\u00e9t\u00e9, innovation\u2026) et \u00e0 des appels \u00e0 projets internes redistributifs. Ces derniers permettaient de financer des projets dans des laboratoires ou des facult\u00e9s hors p\u00e9rim\u00e8tre d\u2019excellence. En m\u00eame temps, cela all\u00e9geait les d\u00e9penses de fonctionnement de l\u2019\u00e9tablissement dans un contexte budg\u00e9taire relativement peu tendu. Seul b\u00e9mol&nbsp;: la survivance du comit\u00e9 de pilotage IdEx, h\u00e9rit\u00e9 de la p\u00e9riode probatoire (2012-2016), qui ne donnait pas \u00e0 la politique IdEx la transparence qu\u2019elle aurait m\u00e9rit\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Une occasion manqu\u00e9e en 2021 et le mod\u00e8le s\u2019essouffle (acte II)<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Avec la fin des LabEx en 2021, les universit\u00e9s \u00e0 l\u2019IdEx p\u00e9renne, comme Strasbourg, se sont retrouv\u00e9es pleinement d\u00e9positaires de leurs fonds d\u2019excellence. Il leur revenait \u00e0 elles, et \u00e0 elles seules, d\u2019en d\u00e9cider la destination. Il aurait donc \u00e9t\u00e9 possible de porter une autre politique, de changer le mod\u00e8le ou, tout du moins, de le faire \u00e9voluer. L\u2019Universit\u00e9 de Strasbourg aurait pu ne pas reconduire tous les LabEx, r\u00e9duire la voilure du p\u00e9rim\u00e8tre d\u2019excellence et investir, de mani\u00e8re plus \u00e9quitable et solidaire, le reste des fonds pour les autres unit\u00e9s. Le choix qui a \u00e9t\u00e9 fait de cr\u00e9er des ITI** dans le prolongement des LabEx est all\u00e9 dans la direction oppos\u00e9e&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\">\n<li>Ce choix a \u00e9largi le p\u00e9rim\u00e8tre d\u2019excellence en portant de 11 \u00e0 15 le nombre d\u2019instituts d\u2019excellence (LabEx \/ ITI) et en a augment\u00e9 la dotation (pass\u00e9e \u00e0 14M\u20ac), renfor\u00e7ant ainsi le tropisme \u00ab&nbsp;recherche&nbsp;\u00bb de l\u2019excellence (qui repr\u00e9sente aujourd\u2019hui pr\u00e8s de 80% du budget IdEx<sup>5<\/sup>) et r\u00e9duisant les marges redistributives&nbsp;;<\/li>\n\n\n\n<li>Il n\u2019a pas r\u00e9solu le probl\u00e8me du financement r\u00e9current des unit\u00e9s de recherche et a continu\u00e9 de creuser le foss\u00e9 entre les chercheurs dans et hors p\u00e9rim\u00e8tre d\u2019excellence. Le contexte budg\u00e9taire tr\u00e8s fortement contraint depuis la crise \u00e9nerg\u00e9tique de 2022 n\u2019a fait qu\u2019accentuer le contraste, cr\u00e9ant une universit\u00e9 \u00e0 deux vitesses. <strong>Comment accepter aujourd\u2019hui que l\u2019unit\u00e9 budg\u00e9taire recherche ne dispose que de 5,3M\u20ac pour plus de 70 unit\u00e9s, alors que les seuls ITI, qui ne repr\u00e9sentent pas plus que 30% \u00e0 40% des chercheurs en \u00e9quivalent temps plein se partagent presque le triple&nbsp;?<\/strong> A cela s\u2019ajoute le fait que les fonds IdEx ne sont pas impact\u00e9s par les baisses budg\u00e9taires et que le taux de consommation des ITI est tr\u00e8s mauvais (autour de 70% en moyenne). De l\u2019argent \u00e0 ne plus savoir quoi en faire d\u2019un c\u00f4t\u00e9, la p\u00e9nurie de l\u2019autre. Les manques sont tels sur le financement r\u00e9current que certaines facult\u00e9s en viennent \u00e0 faire financer leur \u00e9quipement de base (vid\u00e9oprojecteur par exemple) en r\u00e9pondant \u00e0 un appel \u00e0 projet IdEx. Non seulement, le mod\u00e8le a atteint ses limites, mais il cr\u00e9e une situation ubuesque&nbsp;;<\/li>\n\n\n\n<li>Il y a pourtant pire&nbsp;: la cr\u00e9ation des ITI a surimpos\u00e9 de nouveaux crit\u00e8res \u00e0 l\u2019excellence en recherche. Celle-ci devient n\u00e9cessairement <em>interdisciplinaire<\/em> et <em>th\u00e9matique<\/em>. Or ces crit\u00e8res en apparence pertinents, sont eux aussi, sur le fond, contestables&nbsp;:<ol><li>Encourager l\u2019interdisciplinarit\u00e9 et y consacrer des financements (qui ne sont pas toujours faciles \u00e0 obtenir sur appel \u00e0 projets) est louable. En faire la finalit\u00e9 d\u2019une recherche d\u2019excellence est plus critiquable, d\u2019autant que les financements pour la recherche disciplinaire se tarissent et qu\u2019il n\u2019y pas d\u2019interdisciplinarit\u00e9 sans une recherche disciplinaire forte&nbsp;;<\/li><\/ol>\n<ol class=\"wp-block-list\">\n<li>Financer sur fonds propres la recherche th\u00e9matique, alors que la grande majorit\u00e9 des appels \u00e0 projets externes (ANR, PEPR, ERC\u2026) est d\u00e9j\u00e0 th\u00e9matique et que ce ph\u00e9nom\u00e8ne s\u2019est notoirement accru dans les dix derni\u00e8res ann\u00e9es, c\u2019est ass\u00e9cher encore plus la recherche fondamentale qui n\u2019est quasiment plus financ\u00e9e que par les fonds des \u00e9tablissements. Si nous ne la finan\u00e7ons pas, qui la financera&nbsp;?<\/li>\n<\/ol>\n<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<p>Ce dernier point est certainement le plus probl\u00e9matique. Les effets \u00e0 long terme d\u2019une politique intensive de financement de la recherche th\u00e9matique sont pr\u00e9visibles&nbsp;: l\u2019\u00e9tiolement de certains secteurs disciplinaires non couverts par lesdites th\u00e9matiques (en clair&nbsp;: non en phase avec les priorit\u00e9s politiques fix\u00e9es par les financeurs), la perte de vitesse de la recherche fondamentale et la disparition progressive de l\u2019universit\u00e9 comme institution acad\u00e9mique. Cern\u00e9e d\u2019un c\u00f4t\u00e9 par la recherche th\u00e9matique \u00ab&nbsp;sur commande&nbsp;\u00bb et de l\u2019autre par la privatisation galopante de l\u2019enseignement sup\u00e9rieur, elle est condamn\u00e9e \u00e0 dispara\u00eetre (nous renvoyons \u00e0 la r\u00e9cente \u2013 et tr\u00e8s bonne \u2013 <a href=\"https:\/\/www.attali.com\/societe\/luniversite-est-elle-condamnee-a-disparaitre\/\">analyse de Jacques Attali<\/a>).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>L\u2019obsolescence programm\u00e9e de l\u2019excellence<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Le choix fait par l\u2019Universit\u00e9 de Strasbourg en 2021 se place aussi \u00e0 contre-courant de l\u2019histoire. Il n\u2019est en effet plus rien aujourd\u2019hui pour justifier de poursuivre ce mod\u00e8le \u00e9litiste et productiviste de l\u2019excellence, qui va s\u2019\u00e9tioler pour au moins trois raisons&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>L\u2019\u00e9valuation de la recherche et de nos \u00e9tablissements<\/strong> \u00e9voluera inexorablement vers une approche plus qualitative et \u00ab&nbsp;multicrit\u00e8res&nbsp;\u00bb. On ne juge aujourd\u2019hui d\u00e9j\u00e0 plus un chercheur sur le seul indicateur bibliom\u00e9trique. L\u2019ampleur prise par le mouvement <a href=\"https:\/\/coara.eu\/\">COARA<\/a> dans les pays occidentaux commence \u00e0 porter ses fruits. Bruxelles envisage de revoir ses crit\u00e8res d\u2019\u00e9valuation au sein de l\u2019ERC*** et d\u2019avoir une approche plus qualitative. Dans quelques ann\u00e9es, les politiques nationales suivront. Notre universit\u00e9 a sign\u00e9, en plus de son adh\u00e9sion \u00e0 COARA, la <a href=\"https:\/\/barcelona-declaration.org\/\">d\u00e9claration de Barcelone<\/a>, deux engagements qui visent \u00e0 sortir du mod\u00e8le quantitativiste des classements. Qu\u2019attend-elle pour agir en interne&nbsp;?<\/li>\n\n\n\n<li>Les d\u00e9fis soci\u00e9taux et environnementaux que devra relever notre soci\u00e9t\u00e9 nous invitent \u00e0 revoir nos politiques de recherche et de formation. En arr\u00eatant de ne plus soutenir que les meilleurs, mais en donnant \u00e0 tous les membres de la communaut\u00e9 universitaire les moyens de faire leur travail et de le faire dans des conditions d\u00e9centes, d\u00e9coulera une hausse globale de la qualit\u00e9. Elle ne se traduira pas par une progression dans les classements, mais par une science plus inventive, plus diverse, plus audacieuse et certainement mieux \u00e0 m\u00eame de r\u00e9pondre aux attentes de la soci\u00e9t\u00e9. <strong>Un individu ne sauvera pas le monde&nbsp;; mais une communaut\u00e9 de pens\u00e9e sera \u00e0 m\u00eame de le faire<\/strong>&nbsp;;<\/li>\n\n\n\n<li>Enfin,<strong> la recomposition g\u00e9opolitique du monde met \u00e0 mal l\u2019id\u00e9e d\u2019une comp\u00e9tition globale<\/strong>. L\u2019Occident, s\u2019il veut gagner la bataille de la d\u00e9mocratie, doit renouer avec les valeurs de celle-ci. Or l\u2019excellence est tout sauf d\u00e9mocratique, elle est oligarchique. Cette oligarchie est le pendant acad\u00e9mique du n\u00e9olib\u00e9ralisme \u00e9conomique, qui gangr\u00e8ne de l\u2019int\u00e9rieur un certain nombre de d\u00e9mocraties, les Etats-Unis en t\u00eate. L\u2019universit\u00e9 a la responsabilit\u00e9 de ne plus faire la politique de l\u2019autruche, de montrer l\u2019exemple et de changer, elle aussi, son mod\u00e8le.<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Au pluriel&nbsp;: un autre mod\u00e8le fond\u00e9 sur la solidarit\u00e9 et la qualit\u00e9\u2026<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Pour toutes ces raisons, le collectif Au pluriel d\u00e9fend un nouveau mod\u00e8le solidaire et qualitatif pour la recherche, et, plus largement, pour l\u2019ensemble des missions de notre \u00e9tablissement. Le mandat qui s\u2019ouvre (2025-2029) sera celui qui devra penser l\u2019&nbsp;\u00ab&nbsp;apr\u00e8s-ITI&nbsp;\u00bb (qui s\u2019ach\u00e8ve en 2028). Nous ne referons pas l\u2019erreur de 2021, car la m\u00eame question nous sera pos\u00e9e&nbsp;: conserver le mod\u00e8le de l\u2019excellence, qui sera vieux de 20 ans&nbsp;? ou bien repartir sur de nouvelles bases&nbsp;? Nous pensons que, rien que dans le domaine de la recherche, les fonds de l\u2019excellence doivent servir <em>toutes<\/em> nos communaut\u00e9s scientifiques et initier <strong>un \u00e9lan qualitatif d\u2019ensemble<\/strong>. Plut\u00f4t que de fixer 15 th\u00e9matiques excellentes et\/ou innovantes et de les financer par les fonds de l\u2019excellence, nous pr\u00e9f\u00e9rons que ces m\u00eames fonds servent \u00e0 mettre en place des <strong>programmations pluriannuelles par secteur de recherche<\/strong>, qui r\u00e9pondent aux besoins r\u00e9els de ces secteurs en moyens financiers et humains et en infrastructures. Ces programmations concerneront toutes les unit\u00e9s, sans exception. En un mot, l\u2019argent de l\u2019excellence doit permettre \u00e0 la recherche fondamentale de se faire et de se raccrocher ensuite, si elle le souhaite et si cela est pertinent, \u00e0 des appels \u00e0 projets th\u00e9matiques nationaux ou internationaux. Nos propositions pour la recherche, que nous d\u00e9voilerons dans les prochaines semaines, viendront pr\u00e9ciser concr\u00e8tement nos intentions. En tout cas, \u00e0 l\u2019\u00e9litisme et au productivisme, nous opposons une approche solidaire et \u00e9quitable, qui fasse monter qualitativement <em>tout<\/em> l\u2019\u00e9tablissement.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>\u2026 et au service de l\u2019humain et des territoires<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Parall\u00e8lement, il faut sortir de l\u2019orni\u00e8re des classements qui ont parqu\u00e9 l\u2019excellence dans le domaine quasi exclusif de la recherche et qui ont eu tendance homog\u00e9n\u00e9iser le paysage universitaire internationale. La bonne universit\u00e9 de demain sera celle qui saura \u00eatre diff\u00e9rente des autres, celle qui saura construire sa propre strat\u00e9gie par rapport \u00e0 ses forces vives (ses femmes et ses hommes) et aux attentes de son territoire, et celle qui saura affirmer ses valeurs dans un monde multipolaire. Si les fonds de l\u2019excellence doivent servir \u00e0 quelque chose, c\u2019est, selon nous, \u00e0 cette fin.<\/p>\n\n\n\n<p>Investir dans les <strong>transitions soci\u00e9tales et environnementales<\/strong>&nbsp;; accompagner <strong>la transformation de notre administration<\/strong> qui a \u00e9t\u00e9 soigneusement tenue \u00e0 l\u2019\u00e9cart de l\u2019IdEx&nbsp;; <strong>redonner des moyens aux acteurs de terrain en formation et recherche<\/strong> car ce sont eux qui mettront au quotidien en \u0153uvre la transformation de notre soci\u00e9t\u00e9&nbsp;; <strong>renforcer les liens avec le territoire<\/strong> et les acteurs de proximit\u00e9. Tels sont les chantiers que nous mettrons en \u0153uvre dans le cadre de la \u00ab&nbsp;nouvelle excellence&nbsp;\u00bb, et que nous d\u00e9taillerons dans notre programme. Les marges de man\u0153uvre sont \u00e9troites, car l\u2019IdEx est gag\u00e9e par de nombreux projets dont nous ne voulons pas nous d\u00e9partir et par 4,5M\u20ac de masse salariale. Mais ces axes strat\u00e9giques devront \u00eatre port\u00e9s fortement pour \u00eatre progressivement mis en \u0153uvre jusqu\u2019en 2028 o\u00f9 s\u2019arr\u00eateront les financements des ITI et o\u00f9 nous aurons \u00e0 d\u00e9cider de l\u2019affectation de 14M\u20ac.<\/p>\n\n\n\n<p>Fr\u00e9d\u00e9rique Berrod et Michel de Mathelin, \u00e0 la t\u00eate des listes Inspire, d\u00e9fendent une \u00ab&nbsp;universit\u00e9 engag\u00e9e pour l\u2019excellence de sa recherche et de sa formation&nbsp;\u00bb. Cette universit\u00e9 est l\u2019universit\u00e9 du pass\u00e9, celle qui manque d\u2019inspiration et qui, \u00e0 force, peine \u00e0 trouver son souffle. C\u2019est aussi une universit\u00e9 qui ne consid\u00e8re qu\u2019un tiers de ses chercheurs (ceux du p\u00e9rim\u00e8tre d\u2019excellence) et qui ne parle que le langage de la m\u00e9ritocratie aux \u00e9tudiants. Nous revendiquons une universit\u00e9 \u00ab&nbsp;Au pluriel&nbsp;\u00bb, solidaire, moderne, inclusive, qui assume que les membres de notre communaut\u00e9 ont toutes et tous les m\u00eames droits. Ce n\u2019est pas de l\u2019\u00e9galitarisme id\u00e9ologique, mais la reconnaissance de nous toutes et tous, dans notre formation, dans notre labo, dans notre bureau, pour ce que nous sommes pour ce que nous permettons \u00e0 l\u2019ensemble de la communaut\u00e9 d\u2019\u00eatre non pas excellente, mais meilleure.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9quipe Au pluriel<\/p>\n\n\n\n<p>4 novembre 2024<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Si vous partagez notre analyse et nos conclusions, <\/strong><a href=\"http:\/\/aupluriel.eu\/blog\/index.php\/nous-rejoindre\/\"><strong>rejoignez-nous&nbsp;!<\/strong><\/a><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">* Enseignement sup\u00e9rieur et recherche (ESR)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">** Instituts Th\u00e9matiques Interdisciplinaires (ITI), cr\u00e9\u00e9s \u00e0 la suite des LabEx en 2021.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">*** European Research Council (Conseil europ\u00e9en de la recherche)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><sup>1<\/sup> Dans une interview accord\u00e9e \u00e0 News Tank et parue le 3 octobre 2024, Fr\u00e9d\u00e9rique Berrod parle longuement de Michel de Mathelin et le pr\u00e9sente comme le meilleur candidat au poste de premier vice-pr\u00e9sident.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><sup>2<\/sup> L\u2019un des engagements des listes Inspire est&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u2019universit\u00e9 engag\u00e9e pour l\u2019excellence de sa recherche et de sa formation&nbsp;\u00bb (<a href=\"https:\/\/inspire2025.eu\/nos-engagements\/\">https:\/\/inspire2025.eu\/nos-engagements\/<\/a>).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><sup>3<\/sup> Le <a href=\"https:\/\/anr.fr\/fr\/detail\/call\/initiatives-dexcellence-idex-appel-a-projets-vague-1-2010\/\">site de l\u2019ANR<\/a> affichait en 2010 tr\u00e8s clairement l\u2019objectif des initiatives d\u2019excellence&nbsp;: \u00ab&nbsp;L&rsquo;appel \u00e0 projets Initiatives d&rsquo;excellence, dot\u00e9 de 7,7 Mds \u20ac, doit permettre de faire \u00e9merger en France 5 \u00e0 10 p\u00f4les pluridisciplinaires d&rsquo;excellence d&rsquo;enseignement sup\u00e9rieur et de recherche de rang mondial. L&rsquo;objectif est de cr\u00e9er des p\u00f4les capables de rivaliser avec les plus grandes universit\u00e9s du monde.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><sup>4<\/sup> Le masculin g\u00e9n\u00e9rique est ici utilis\u00e9 \u00e0 dessein, car il n\u2019\u00e9tait point question de diversit\u00e9 dans cette approche, f\u00fbt-elle de genre ou culturelle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><sup>5<\/sup> Rappelons que la partie formation des ITI a \u00e9t\u00e9 financ\u00e9e sur un appel \u00e0 projets tiers&nbsp;: le projet STRATUS de l\u2019appel SFRI, financ\u00e9 \u00e0 hauteur de 5M\u20ac par an)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019&nbsp;\u00ab&nbsp;excellence&nbsp;\u00bb&nbsp;? Un concept, d\u00e9voy\u00e9 de son sens originel, qui fait \u00e0 ce point partie de l\u2019ADN de notre universit\u00e9 qu\u2019on ne s\u2019interroge plus ni sur son sens ni sur sa pertinence. Pour preuve&nbsp;: les listes Inspire, port\u00e9es par Fr\u00e9d\u00e9rique Berrod et Michel de Mathelin1, en font encore leur \u00e9tendard2, tandis que les listes Refonder sont&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_kadence_starter_templates_imported_post":false,"_kad_post_transparent":"","_kad_post_title":"","_kad_post_layout":"","_kad_post_sidebar_id":"","_kad_post_content_style":"","_kad_post_vertical_padding":"","_kad_post_feature":"","_kad_post_feature_position":"","_kad_post_header":false,"_kad_post_footer":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[9],"tags":[],"class_list":["post-913","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-tribune"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/aupluriel.eu\/blog\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/913","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/aupluriel.eu\/blog\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/aupluriel.eu\/blog\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/aupluriel.eu\/blog\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/aupluriel.eu\/blog\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=913"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/aupluriel.eu\/blog\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/913\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":920,"href":"https:\/\/aupluriel.eu\/blog\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/913\/revisions\/920"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/aupluriel.eu\/blog\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=913"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/aupluriel.eu\/blog\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=913"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/aupluriel.eu\/blog\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=913"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}